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C’est au début de la Deuxième Guerre mondiale, vers 1940, que la décision de construire un aérodrome et une école d’aviation à Saint-Jean, très loin au sud du secteur résidentiel de la ville, est prise.

Cela fait partie du Plan d’entrainement du Commonwealth britannique visant à former des aviateurs pour la guerre. Ainsi, trois pistes sont aménagées en triangle, pour pouvoir décoller peu importe les vents dominants. La construction est très rapide et l’école accueille, dès juillet 1941, ses premiers élèves. Il s’agit de la 9e École d’observation aérienne. Peu de temps après, on y installe également le 9e Dépôt de réparation. Ainsi, les engins endommagés des alentours sont réparés à Saint-Jean.

La formation se développe en 1942. En plus de futurs aviateurs, on y forme aussi des bombardiers. Fait intéressant; les exercices de bombardements se font alors près de La Prairie. La pratique du vol n’est pas sans risque. Dans l’histoire de l’École, on dénote quelques incidents, mais le plus marquant est celui du 5 février 1943. Au-dessus de Saint-Luc, deux engins entrent en collision, tuant les cinq passagers à bord. Cet accident restera marqué dans les mémoires des cultivateurs qui ont assisté à la scène et qui furent les premiers arrivés sur les lieux de la tragédie.

L’enseignement se poursuit tout au long de la guerre, attirant plus de 1 000 élèves en 1944. Avec la fin des hostilités, cependant, la 9e École d’observation aérienne doit fermer ses portes en avril 1945, tout comme le dépôt de réparation.

Entre mai et septembre 1946, la base accueille la 13e École élémentaire de pilotage, qui est transférée de l’Ontario à Saint-Jean. Elle forme des aviateurs de haut rang. À la fermeture de l’école, la Défense nationale cède la gestion de l’aéroport à Transports Canada, qui le transforme en aéroport civil. Dès 1946, la gestion de l’aéroport et celle de la base militaire sont désormais séparées. À ce moment, la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu loue l’aéroport à Transports Canada.

Le Dawson College

Après la guerre, les vétérans reçoivent de l’argent pour poursuivre leurs études universitaires. Les inscriptions aux universités canadiennes bondissent. L’université McGill manque alors d’espace. Les installations de la base militaire, renommées campus Dawson College (sans lien avec l’actuel cégep de ce nom), accueillent alors près de 1 500 élèves de l’université McGill. Des cours y seront dispensés jusqu’en 1951, moment où la vocation militaire reprend ses droits.

Guerre de Corée

Avec la création de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord) et le début de la guerre de Corée, le Canada a de nouveau besoin d’une force aérienne. Le gouvernement installe à la base de Saint-Jean la RCAF (Royal Canadian Air Force) station St Johns ainsi que l’unité de sélection du personnel. Cette dernière section s’occupe alors de l’orientation des recrues. On y ajoute le 2e Dépôt des effectifs qui s’occupe de leur formation.

L’institut possède aussi l’École d’anglais, qui deviendra plus tard l’École de langues. Des milliers de recrues défilent chaque année à la base de la RCAF de Saint-Jean. Parmi eux, il faut souligner la présence de nombreuses femmes, les airwomen, qui, dit-on, avaient accès à la même formation et aux mêmes responsabilités que leurs compatriotes masculins!

Alors que, depuis 1941, les installations de Saint-Jean bénéficient d’une grande renommée pour la qualité de l’équipement et de la formation pour le vol, un événement vient bouleverser cet héritage. En 1964, le gouvernement fédéral adopte l’unification des forces. Terminée la distinction entre la marine, l’armée de terre et la force aérienne, les recrues seront formées ensemble, dans des institutions communes. Saint-Jean devient alors une BFC (Base des forces canadiennes), perdant sa particularité aérienne qui la définit depuis plus de vingt ans. Malgré tout, on remarque que les aviateurs dominent parmi les membres du personnel.

L’École de recrues des forces canadiennes remplacent le cursus d’aviation. Toutes les forces s’y mêlent. Peu à peu, on y offre des cours de français. La capacité maximale des locaux est rapidement atteinte. Entre 1972 et 1979, les anciens bâtiments construits en 1941, sauf les hangars, sont démolis et remplacée par la mégastructure. En 1992, cette dernière prendra officiellement le nom d’Édifice Gén.-Jean-Victor-Allard en l’honneur du général, nommé en 1966, qui s’était penché sur l’utilisation du français et la présence du bilinguisme au sein des forces.

La collaboration entre la base militaire et la Ville de St-Jean, qui gère l’aéroport, reste très étroite, surtout à partir de 1984, moment où se tient le tout premier International des montgolfières sur le site de l’aéroport.

L’année 1992 marque finalement le retour de la BFC Saint-Jean au sein du secteur aérien. En effet, la base est alors rattachée au Commandement aérien. Une cérémonie pour souligner l’événement est organisée et on hisse le drapeau de l’aviation, qui avait cessé de flotter à Saint-Jean 26 ans plus tôt. La base accueille dès lors un détachement de l’École d’initiation à la Force aérienne.

En 1993, l’autorité de la base passe à la 16e Escadre, alors que l’accent est mis sur l’entrainement des recrues. La diminution des effectifs entraîne la fermeture de quelques bases et la concentration de l’enseignement. La 16e Escadre et ses activités sont transférées en 1994 à Borden, en Ontario. La base militaire doit fusionner ses activités avec celles de Montréal. La base de Saint-Jean héberge désormais une garnison de la BFC de Montréal. Durant la crise du verglas de 1998, la mégastructure héberge brièvement des militaires et des équipes de compagnies d’électricité américaines venus prêter main-forte aux habitants de la région.

Un aéroport qui fait jaser

Du côté de l’aéroport, désigné CYSJ, les trois pistes en forme de triangle, instaurées en 1941, sont toujours utilisées. En 1996, c’est Nav Canada qui gère la navigation aérienne. Cette même année, le site accueille l’École de vol à voile de la Région de l’Est des Cadets de l’aviation royale du Canada. Depuis 2004, la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu est propriétaire des lieux. On observe, chaque année, près de 40 000 mouvements d’appareils sur les pistes, au déplaisir des voisins qui se plaignent du bruit que cela occasionne.

Soyons tout de même fiers que la vocation de ce site ait perduré depuis 1941. Saint-Jean-sur-Richelieu; ville garnison qui possède près d’un demi-siècle d’histoire d’aviation militaire. Préservons cet héritage.