M

La ville de Saint-Jean-sur-Richelieu se développe d’abord autour d’un axe principal, la rue Richelieu. C’est le centre urbain de la ville, tant pour la religion, l’économie, les divertissements et les transports. Ainsi, les commerçants qui s’y installent sont au premier rang pour exposer leurs belles vitrines aux regards des passants. Les bateaux et les trains amènent des visiteurs dans les hôtels de la ville par centaines. De plus, la proximité de la rue Richelieu avec les maisons johannaises fait en sorte que les gens s’y rendent à pied.

Mais la situation évolue après la Seconde Guerre mondiale. La prospérité fait en sorte que le pouvoir d’achat de chaque foyer augmente. On assiste aussi au phénomène de l’étalement urbain, caractérisé par l’éloignement des habitations du centre-ville. Cela est possible grâce à l’automobile, qui se démocratise au tournant des années 1950, de même qu’avec l’aménagement des autoroutes. Dès lors, les gens commencent à aller magasiner en voiture et ont besoin de stationnements.

Les premiers centres commerciaux font leur apparition au tournant de l’année 1922 aux États-Unis et se répandent comme une marée. Il faut toutefois attendre 1956 pour voir apparaître le modèle de centres commerciaux tel qu’on le connaît. Au Québec, entre 1961 et 1975, le nombre de centres commerciaux passe de 55 à 223.

Le Groupe Westcliff, créé en 1972, a des vues sur Saint-Jean. Il fonde, dès 1973, le Centre Valleyfield. C’est la même année que les négociations commencent avec la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu pour construire un centre commercial dans la partie nord de la ville. Les négociations sont longues. Un problème de zonage les empêche d’y construire le centre d’achats. Celui-ci est réglé par un référendum, sur lequel 1 300 personnes de la zone concernée se prononcent. De ceux-ci, 80% sont en faveur de la venue du Groupe Westcliff à l’intersection des rues Pierre-Caisse et de la route 35. Entre temps, la Chambre de commerce de Saint-Jean produit un rapport sur l’impact de l’implantation d’un tel centre pour les commerçants du centre-ville: il serait désastreux. La construction du centre commercial mènerait à un désintéressement du centre-ville et créerait un second pôle commercial, autour du boulevard du Séminaire. Le phénomène avait déjà été observé ailleurs… De plus, cet investissement viendrait retarder le projet de revitalisation du centre-ville, qui tombera dans l’oubli pour de nombreuses années. Néanmoins, le maire Ronald Beauregard va de l’avant et permet la construction du futur Carrefour Richelieu.

Le nouveau centre commercial est inauguré le 13 août 1980. Il fête donc, en 2020, ses 40 années d’existence. La semaine suivant son ouverture, on peut lire, dans le journal Le Canada Français : «Des femmes, il y en avait des centaines devant les immenses portes du Carrefour Richelieu, mercredi dernier, vers 8 h 30. Elles parlaient de la mort des marchands du centre-ville ainsi que des facilités qu’apportent l’ouverture d’un tel centre commercial.»

L’ouverture se fait en grandes pompes. Les 1 500 places de stationnement sont combles une heure avant le début de l’événement. Après un spectacle de majorettes, un avion survole la scène avec une banderole pour annoncer l’ouverture officielle du centre. Le maire Beauregard coupe le ruban rouge et les dames se ruent à l’intérieur.

Le concept de centre commercial est révolutionnaire à ses débuts. Il offre un accès à des magasins grandes surfaces, tous réunis sous un même toit. Ainsi, dès l’ouverture, les visiteurs peuvent magasiner chez Sears, Steinberg, Canadian Tire et Zellers. L’endroit est climatisé et le stationnement y est vaste et gratuit. Le Carrefour Richelieu est agrandi en 1989. Il compte désormais 115 locataires et 2 477 places de stationnement.

Aujourd’hui, le modèle semble s’épuiser peu à peu devant l’augmentation du coût du loyer dans de telles installations. De plus, l’architecture de ces centres est à revoir. La compétition de l’achat en ligne, dans le contexte des grandes chaînes, fait plus mal aux centres commerciaux qu’aux commerces du centre-ville. L’accessibilité à toutes les formes de transport, tant autobus, qu’autos, que piétons et vélos, redevient une priorité. Le retour de l’achat local au centre de nos valeurs contribue à donner un second souffle au centre-ville de Saint-Jean. C’est maintenant la Société de développement Vieux-Saint-Jean, entre autres, qui a la mission de contribuer à la revitalisation du centre-ville en faisant la promotion de ses richesses résidentielles, culturelles, touristiques et commerciales. Pensez local lors de votre prochaine séance de magasinage!

Pour un complément d’information, voir la capsule de l’historien Laurent Turcot sur sa chaîne L’Histoire nous le dira: https://www.youtube.com/watch?v=OeyHtxmZo2A.