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Chaque premier lundi de septembre, la plupart d’entre nous bénéficions d’un congé pour la fête du Travail. Cela fait plus de 100 ans qu’il en est ainsi. Apprenons-en plus sur cette tradition nord-américaine.

Certains historiens avancent que la fête du Travail tire ses origines du Mouvement pour une journée de travail de neuf heures, lancé en 1872 à Toronto. Ce mouvement, caractérisé par de grands rassemblements, souhaitent de meilleures conditions de travail pour les ouvriers.

La date, le premier lundi de septembre, est fixée en 1882 par des syndicats ouvriers américains. La raison est simple. Ce congé tombe entre ceux du 4 juillet, jour de l’indépendance, et de Thanksgiving. Les syndicats canadiens emboîtent le pas par la suite. La journée sert à réunir les ouvriers qui revendiquent de meilleures conditions. Elle se transforme peu à peu en fête, et le côté manifestation perd de son importance.

Dans les mêmes années, à Paris, les socialistes instaurent la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs le 1er mai. Cette journée, fériée en Europe encore aujourd’hui, est une journée de manifestations pour les travailleurs.

En 1886, la fête du Travail est célébrée pour la première fois dans les rues de Montréal. La Ville en fait un jour civique trois ans plus tard. La journée est marquée par un grand défilé, des discours et des activités sportives de toute sorte. D’ailleurs, le journal de Saint-Jean, le Franco-Canadien, en 1893, souligne les festivités de Montréal.

En 1894, le gouvernement fédéral déclare le premier lundi de septembre comme un jour férié. Le gouvernement du Québec le suit en 1899 en déclarant la fête du Travail comme jour non juridique. Il encourage les commissions scolaires, par le fait même, à retarder la rentrée des classes après cette longue fin de semaine.

Saint-Jean, qui possède son lot d’usines tant de textile que de céramique, a une population fortement ouvrière. Cependant, la fête du Travail n’est que rarement célébrée en grandes pompes. On trouve une première trace d’un défilé en 1906, défilé qui part de la place du Marché. Or, en 1910, le journal Le Canada Français mentionne que les Johannais se sont rendus à Montréal pour festoyer, alors que rien n’avait été planifié à Saint-Jean.

En 1912, plusieurs milliers de personnes assistent aux célébrations. Les officiers des principaux syndicats dînent à l’Hôtel Saint-Jean. Arrivant par le train de 14 h 30, le premier ministre Lomer Gouin se joint même à la fête. Il y prononce un discours dans lequel il souligne l’arrivée prochaine d’un pont sans péage en notre ville.

La fête du Travail est toujours précédée, le dimanche soir, par une grande messe. La religion catholique teinte fortement les festivités de l’époque. En 1939, malgré la toute récente déclaration de guerre à l’Allemagne, la fête du Travail est célébrée en notre ville. Un grand défilé a lieu, auquel participe entre autres le Dr Alexis Bouthillier. En soirée, le Cercle philarmonique assure le divertissement de la foule.

L’année 1941 mérite également une mention. Ce n’est pas la guerre qui empêche nos ancêtres de fêter dignement la fête du Travail. Il semble même que ce soit une des éditions les plus grandioses. Dans le grand défilé de l’avant-midi, on retrouve une reconstitution du service des incendies de 1876. Les pompiers déambulent avec l’équipement de l’époque, sortant même la fameuse pompe Silsby du hangar où elle était entreposée. Des feux d’artifices clôturent la soirée et Johannaises et Johannais festoient jusqu’aux petites heures du matin.

Après la guerre, les célébrations perdent de leur importance. La société de consommation et la démocratisation des véhicules à moteur font en sorte que les gens profitent de la longue fin de semaine pour quitter la ville et passer du temps en famille. Aussi, le marché du travail est de plus en plus industriel. Il laisse ainsi place à des ouvriers moins qualifiés. Les grands discours sur les hommes de métier ne sont plus rassembleurs. À Montréal, le grand défilé de la fête du Travail est abandonné en 1953.

Du côté de Saint-Jean, on trouve quelques traces de célébrations jusqu’en 1957. Les dernières éditions réunissent toujours les gens à la messe le matin où, après avoir écouté le sermon du chanoine Armand Racicot, ils vont assister au défilé. Puis la foule se dirige au stade municipal pour assister à un spectacle de variétés.

De nos jours, suivant le mouvement de l’après-guerre, on profite de la longue fin de semaine pour se reposer avant le début de l’année et le retour du temps froid. Cette année, encouragez une entreprise locale pour la remercier de son travail et de sa présence durant ces temps incertains.